Discours de l'UOIF – 33ème RAMF

Au nom de Dieu le Tout-Miséricordieux, le Très-Miséricordieux
Que les prières et la paix soient sur le Prophète Mohamed.
 
Mesdames, Messieurs,
Chers honorables invités,
Chers honorables conférenciers,
Chers amis, Chères sœurs, Chers frères,
 
Nous rendons grâce à Dieu d’avoir permis la tenue de cette 33ème Rencontre Annuelle des Musulmans de France (RAMF). Ces quatre jours sont toujours de grands moments de spiritualité, de fraternité et de dialogue. Nous sommes heureux de les vivre avec vous aujourd’hui. Nous vous remercions de votre présence et de votre fidélité.
 
Nous remercions le Préfet de la Seine Saint Denis et l’ensemble de ses services  qui ont facilité la tenue de cette rencontre et notamment les services de police qui veillent à l’ordre, à la sécurité et à la bonne gestion des flux.
 
Je tiens, en votre nom, à remercier chaleureusement les centaines de bénévoles qui déploient des efforts considérables pour le bien-être de tous.
 
Je remercie l’ensemble de nos invités qui nous ont honorés de leur présence à la Réception Annuelle de l’UOIF. Je remercie les représentants du ministère de l’Intérieur, les représentations diplomatiques, les responsables associatifs de France et d’Europe, les aumôniers nationaux, les imams et l’ensemble de nos partenaires.
 
 
UN CONTEXTE DIFFICILE…
 
Notre pays a traversé une épreuve sans précédent avec plusieurs vagues d’attentats meurtriers. Nos premières pensées vont aux victimes, à leurs familles, à leurs proches qui sont durement éprouvés. Que Dieu apaise leur souffrance, leur octroie la patience et leur apporte la paix. Nous leur exprimons toute notre solidarité et notre compassion.
 
Nous avons été affectés d’abord en tant que Français puis aussi, en tant que musulmans, par ce terrorisme commis au nom de notre religion, nous, musulmans, qui savons et vivons notre religion dans la paix et l’amour de son prochain.
 
Ces événements invitent chaque partie prenante de la société à la réflexion. Il n’y a pas de cause unique, ni l’idée que la seule mauvaise compréhension de l’islam peut expliquer le déchainement de violence qui a frappé la France et qui fait basculer le monde entier. Car malheureusement, ce terrorisme est à l’image du monde d’aujourd’hui, connecté, mondialisé, avec peu de frontières…Des milliers de victimes au Moyen-Orient, en Afrique, en Europe et en Asie sont pleurés par leurs familles. Et le terrorisme commis soi-disant au nom de l’islam tue essentiellement des musulmans qui ont refusé la domination obscurantiste.
 
Nous avons tous condamné fermement les attentats. Pour autant, la société attend des musulmans non pas plus de déclarations, mais plus d’informations sur la religion musulmane. L’ensemble des pouvoirs publics, des spécialistes, la presse, le monde de l’éducation et d’autres composantes, ainsi que nous-mêmes, associations musulmanes, cherchons à décrypter un phénomène qui dépasse nos seules  compétences. C’est donc ensemble, tous ensemble que nous pourrons combattre ce fléau. Et effectivement, les attentats ont questionné l’ensemble de la société et son fonctionnement. C’est donc une réponse globale aux différents maux de la société qu’il faut apporter : Ensemble, Construisons l’avenir !
 
Dans ce contexte très difficile, ce thème vient nous projeter dans l’avenir au lieu de se résigner à la fatalité que nous éprouvons.
 
QUELLE REPONSE DES MUSULMANS ?
 
Les musulmans de France, comme leurs concitoyens, ont été choqués et endeuillés par les attentats. Ils n’ont pas cessé de récuser l’amalgame fait entre leur religion et les agissements d’une ultra petite minorité au profil pathologique. Les musulmans de France ont manifesté, ont écrit, ont participé à des actions, ont relayé, ont ouvert leurs mosquées, …ils ont été présents et ont participé à la préservation de la paix sociale. Nous devons remercier chacun de vous, chère sœur, cher frère, chaque famille, chaque association, chaque imam, chaque aumônier,  chaque enseignant, pour votre implication et votre sens des responsabilités à un moment où certains pouvaient être tentés de penser  légitimement : après tout, qu’ai-je avoir avec ces meurtriers ?
 
Car oui, il y a un travail énorme qui s’accomplit. Les mosquées, les associations, les imams…font un travail énorme et qu’il faut souligner.
 
 
DEFI DES MUSULMANS…
 
Les défis sont nombreux et nous pouvons aisément les relever. Je dis bien aisément car rien ne résiste à une bonne intention et au travail sérieux. Nous devons d’abord le vouloir, vouloir au point d’être totalement convaincus, et tellement convaincus que nous trouverons les moyens de ces défis. Assurément.
 
En réalité, il y a un seul défi : Ensemble, construisons l’avenir ! C’est un appel à destination de tous pour s’engager dans la société. Construire un monde meilleur, plus juste, plus humain, plus solidaire. Il n’y a pas de secteur particulier pour une confession particulière. Nous servons notre pays avec nos compétences et nos affinités. Nous n’avons pas de projet si ce n’est celui de la prospérité et de la paix pour la France et pour le monde.
 
Là où il y a la peur, nous devons trouver des femmes et des hommes qui apportent la confiance.
Là où il y a le rejet, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent la tolérance.
Là où il y a la pauvreté, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent le partage.
Là où il y a l’humiliation, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent la protection.
Là où il y a la solitude, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent la fraternité.
Là où il y a l’obscurantisme, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent la lumière.
Là où il y a la haine, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent l’amour.
Là où il y a des victimes, qu’il y ait des femmes et des hommes qui apportent la justice.
Voilà le projet de l’islam, voilà le projet de l’UOIF ;
 
Engageons-nous dans cette voie du bien, à laquelle Dieu nous appelle dans le Coran « accomplissez le bien et repoussez le mal ».
 
Nous avons aussi, en tant que musulmans, des responsabilités particulières et qui doivent être prises en charge par les organisations musulmanes.
 
Et là encore, rien de nouveau, mais il faut décupler les efforts. Les efforts déjà pour s’unir et je rends ici hommage à toutes les grandes fédérations musulmanes et en particulier au CFCM, à travers son Président, notre frère Anouar Kbibeche, son prédécesseur, notre frère Mohamed Moussaoui, et son premier président et président d’honneur notre frère Dalil Boubaker.
 
La France et les musulmans de France ont besoin d’instances représentatives. Elles nous permettent de parler d’une seule voix et de porter cette voix auprès de nos interlocuteurs.
 
Je salue également le Ministre de l’Intérieur et des Cultes, Monsieur Cazeneuve, pour l’impulsion, sous son autorité, de l’instance de dialogue avec l’islam, où dans un périmètre plus large que celui du culte, les responsables musulmans se sont engagés dans un dialogue ouvert et constructif avec l’Etat.
 
Nous avons des chantiers à ouvrir, d’autres à finir, certains à réaménager… Il nous faut avancer ensemble sur la question de la formation des imams et des cadres religieux, de l’enseignement religieux, mais aussi et surtout sur la façon dont nous conceptualisons notre pensée, dite du « juste milieu » et qui se retrouve constitutive de cet islam de France, cet islam français, qui se met en place.
 
Depuis 1983, date de la création de l’UOIF et de la première RAMF, nous nous sommes investis dans la promotion de cette lecture équilibrée de l’islam qui permet à l’individu de s’épanouir dans tous les aspects de la vie. Nous avons opté pour la formation des imams et l’édification des mosquées afin que la communauté se dote de structures indépendantes et pérennes dans lesquelles le discours religieux est le fruit d’une formation de haut niveau. Il faut continuer, améliorer,  se donner les moyens afin que ce savoir soit accessible au plus grand nombre et entre dans des formats adaptés au grand public.
 
L’UOIF a bien sûr d’autres chantiers. L’œuvre de l’UOIF est spirituelle, éducative et sociale. C’est l’œuvre de près de 300 associations et mosquées dans des domaines variés qui sont au service de la France et de l’islam de France.
 
Pourtant, nous sommes régulièrement interpelés sur ce que nous sommes…Alors, rappelons peut être quelques principes.
 
LA LAÏCITE
 
C’est l’examen éternel : est-ce que l’UOIF est pour ou contre la laïcité ? Mais la laïcité c’est le cadre de notre pays. Nous avons besoin de la laïcité.
La laïcité est un principe fondamental. C’est la laïcité, telle que définie par la loi de 1905, qui  permet aux religions de s’épanouir, de s’exprimer et de s’organiser en totale indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.  Ce cadre laïc est une protection pour toutes les religions. Nous disons que la laïcité est une chance pour les religions et que les religions sont une chance pour la laïcité. La religion est souple, elle s’adapte. .
L’UOIF ne mène et ne mènera aucun combat contre la laïcité. On le dit une fois pour toute : nous sommes attachés à la loi de 1905 et qui est la même pour toutes les religions.  Nous souhaitons que la laïcité s’applique dans la plus grande fidélité aux textes qui la fondent.
 
 
UN PROJET POLITIQUE ?
 
Oui, on nous accuse souvent de faire de la politique…L’UOIF n’a aucun projet politique. Nous ne sommes et ne serons jamais un parti.
Les partis politiques sont connus et les musulmans votent avec leurs deux mains.
 
Nous n’avons aucune ambition cachée, derrière les habits de l’imam, d’une prise de pouvoir quelconque. Les partis politiques, les syndicats et toutes les organisations qui structurent le champ politique sont là pour cela.Par contre celui qui veut s’engager au sein de sa communauté est le bienvenu à l’UOIF.
 
Nous encourageons l’engagement citoyen ou social et nous invitons les musulmans à participer à la vie de la société. Parce que servir son pays, c’est notre lecture de l’islam et parce qu’avant tout chose les musulmans de ce pays sont des citoyens comme les autres.
Nous le répétons, dans l’espace public le musulman est avant tout un citoyen. Il faut regarder la citoyenneté, la contribution, la valeur ajoutée de l’individu et pas sa religion.
 
Et rassurons-nous, les musulmans n’attendent pas de l’UOIF qu’elle entame un projet politique…Les musulmans sont par ailleurs déjà impliqués dans la société.
 
 
L’ENGAGEMENT CITOYEN
 
Vous l’aurez compris, l’UOIF est une organisation religieuse, à vocation éducative et sociale. Nous participons avec nos partenaires à l’institutionnalisation de l’islam de France et de ses représentations afin de mieux prendre en compte les besoins religieux des français de confession musulmane.
Mais n’oublions pas que les religieux, que nous sommes, avons parfois des messages à faire passer à la société. Notre travail est un travail philosophique : proposer un sens à la vie en vertu, selon nous, de ce que Dieu a révélé aux hommes. Et dans ce message divin, il y a le message de la justice, de la paix, de la dignité, de l’égalité…de la préservation de la famille, du respect de la vie, de la solidarité, du partage… Et il est de notre devoir moral, comme le font nos frères chrétiens, juifs et ceux d’autres confessions ou spiritualité, de participer aux débats de société quand ceux si portent sur des sujets touchant à ces valeurs cardinales. Participer aux débats ne veut pas dire imposer les termes du débat. Nous participons, humblement, à dialoguer avec les composantes de la société afin que cette dernière fasse les meilleurs choix possibles.
 
 
L’UOIF ET LA FEMME
 
Nous saisissons aussi l’occasion de rappeler notre pensée concernant la femme. La femme est d’abord un Homme avec un grand H.
 
Nous n’avons qu’une vision : celle de l’égalité. L’homme et la femme sont parfaitement égaux, devant Dieu et devant nos lois républicaines. Là encore aucune ambiguïté. Et si certains voient dans le foulard un asservissement, nous nous y voyons un choix strictement personnel et privé. Dans un pays de liberté et de droits ? Personne n’a à commenter la tenue des femmes. Elles sont libres de s’habiller comme elles veulent et quand elles le veulent.
 
La femme qui ne porte pas le voile est tout autant musulmane que celle qui le porte et toutes les deux sont les bienvenues à l’UOIF ; Nous sommes pour le droit des femmes, de toutes les femmes.
 
Aujourd’hui malheureusement, le combat pour l’égalité est loin d’être gagné tant les écarts de salaires, le sexisme ordinaire, ou encore la concentration du pouvoir dans les mains masculines nous montrent chaque jour que l’égalité homme-femme est un chantier en cours.
 
 
L’UOIF ET LE TERRORISME
 
Concernant le terrorisme, l’extrémisme, très injustement aussi appelé « jihadisme », car nous ne partageons pas l’utilisation de ce mot. Jihad qui signifie « l’effort soutenu » est une valeur importante de l’islam et nous n’acceptons pas l’usurpation de ce terme par un groupe terroriste.
Lors d’une cérémonie au lycée Averroès, nous avons dit : la réussite scolaire, l’insertion professionnelle, l’intégration, la participation etc. voilà ce que c’est que le Jihad. Trouver sa place, toute sa place, accomplir ses devoirs et jouir de ses droits. Voilà le Jihad.
 
Notre condamnation a toujours été sans équivoque. Nous condamnons la violence, quelle qu’elle soit. Notre société ne doit sombrer ni dans les règlements de compte ni dans l’importation des conflits étrangers. Nous souhaitons que les conflits se résolvent là où ils sont toujours en espérant la voie politique ou diplomatique.
 
Nous pouvons bien sûr dénoncer les situations d’injustice et dénoncer la guerre qui fait rage, mais, l’UOIF et les musulmans de France ne soutiendront jamais les thèses extrémistes qui distribuent des permis de tuer.
 
L’UOIF c’est une lecture authentique et contextualisée de l’islam.
L’UOIF ce sont des valeurs morales et une éthique.
L’UOIF c’est le travail de l’éducation spirituelle et de l’engagement social.
 
L’UOIF c’est œuvrer avec les autres organisations musulmanes et non musulmanes pour que la deuxième religion de France puisse être reconnue et respectée.
 
L’UOIF, c’est vous : des citoyens exemplaires, qui travaillent, qui élèvent leurs enfants, qui prennent soin de leurs relations familiales, professionnelles ou de voisinage, ce sont aussi toutes sortes de talents, des artistes, des intellectuels, des artisans, des commerçants, des étudiants… toutes ces forces vives au service de leur pays et qui sont convaincus de servir ainsi Dieu le Très-Haut.
 
L’UOIF vous tend la main. Vous connaissez notre lecture, vous connaissez nos positions, l’UOIF vous accueille à bras ouverts.
 
 
Mesdames, Messieurs, chères sœurs, chers frères, je vous remercie.
 

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